Questions et découvertes

Le Christ en questions, l'incrédulité de Saint-Thomas par Le Caravage


Prendront place ici des questions, des débats courtois, fondés et utiles, ainsi que des découvertes, y compris avec des visiteurs du site qui se manifestent via les Contacts. Ils en sont remerciés d’avance. 


Un anoblissement en 1606 ?

 

Le 3 juin 2019

 

On trouve dans quelques ouvrages, tel que le fameux Dictionnaire de la Noblesse Française de MM. de Séreville et Saint-Simon publié en 1975, à l’article sur les « Béthune Hesdigneul » et « Béthune-Sully », la mention d’un anoblissement par lettres du « 6 septembre 1606 ».

Cette information semble tirée du non moins fameux Dictionnaire des familles françaises ou notables à la fin du XIXe siècle de Gustave Chaix d’Est-Ange. À l’article qui nous intéresse (t.IV, 1905, pp.195), cet excellent auteur dit à propos de Jean des Plancques :

« On est en droit de se demander si [… Jean des Plancques (mort en 1636, voir Personnalités et Nom) …] ne fut pas le même personnage qu’un Jean Desplanques, habitant le Hainaut, que l’on trouve avoir été anobli par lettres patentes du 6 septembre 1606 et avoir reçu en même temps les armoiries […] dont on remarquera l’analogie avec celles de la maison de Béthune […]. M. de la Gorgue-Rosny mentionne d’autre part un Roger Desplanques, lieutenant du sieur de Noyelles, gouverneur de Bapaume, qui fut anobli par lettres patentes du 21 mars 1607 et qui reçut des armoiries semblables à celles de Jean Desplanques anobli en 1606. »

Il se trouve qu’il n’y a pas de Jean Desplanques anobli en 1606 dans les registres de l’Élection d’Artois. Cependant il y a bien un Roger Desplanques à cette date du 6 septembre 1606 (AD62 3C13 fol 5, source consultable en ligne sur le site des Archives du Pas-de-Calais) !

Qui peut bien être le « Roger » de 1607 dont parle Chaix d’Este-Ange ?

Dans le Recueil de Noblesse de Bourgogne[…] de J. Le Roux, paru en 1715, p. 213, on trouve la retranscription des lettres où « Rogier Desplancques Capitaine d’Infanterie réformé, & presentement Lieutenant du Sr. De Noyelle Gouverneur de Bapaulmes » a été anobli le 6 septembre 1606. Le texte rajoute que ces lettres ont été « intérinées aux Finances » à Lille le 21 mars 1607… Et voici la dernière date qui nous restait à élucider !

Il s’agit donc des mêmes lettres patentes, pour une seule et même personne. Et dans celles-ci, mine d’informations généalogiques, nous retrouvons aussi l’ascendance de ce respectable personnage, qui ne concorde en rien à la généalogie jusque là prouvée des Béthune Hesdigneul. Par conséquent, il s’agit de familles homonymes.

Le dictionnaire de Chaix d’Est-Ange a toujours dû inspirer celui de Séréville et Saint-Simon quant à la description des armoiries, qui mentionne dix billettes au lieu de six dans l’écusson de la Maison de Saveuse, erreur qu’a étonnamment reproduit aussi l’Armorial de l’ANF (2004)…

 

 

Un jeton retrouvé dans l'est de l'Allemagne

 

Le 29 mars 2019

 

M. Henrik Hofman a contacté la Maison de Béthune il y a quelques semaines pour partager la découverte qu’il avait faite en 1975 à Chemnitz, dans l’ouest de la Saxe en Allemagne. En creusant dans son jardin pour le réaménager, il a trouvé une médaille frappée aux armoiries d’Eugène-François-Léon, premier Prince de Béthune. Ne pouvant alors traduire les inscriptions gravées au dos, il l’a mise de côté. En 2019, il l’a ressortie, en a traduit le verso pour ensuite faire des recherches sur internet… c’est alors qu’il découvrit ce site !

Et c’est avec beaucoup d’élégance et de délicatesse que M. Hofman en a fait don au Prince de Béthune qui en a été très touché et reconnaissant.

On retrouve au recto de ce jeton, les armoiries pleines du 1erPrince de Béthune avec la devise « Spes in Deo non Vana », la couronne princière, le manteau d’hermine de Duc et Pair de France ainsi que ses différents ordres et décorations. Le jeton est signé « A V. »

 

Et au verso :

EUG. FR. LEON,
PR. DE BETHUNE,
DES ANC. SOUV. D’ART.Mis
D’HESDIGNEUL. CTEDE NOYEL.
VIC DE NIEL. BARDE BOUSBEC.
CH. DE S.M.J. COLDE CAV. CHEV
DE L’AIG BSSTANISL. LION
BET ANC. NOBLES MEMB. DES ET
DE FET ARDE L’ACAD.
D’ARRAS. & C.
1785

 

Ce qui signifie « Eugène François Léon, Prince de Béthune, des anciens Souverains d’Artois, Marquis d’Hesdigneul, Comte de Noyelles, Vicomte de Nielles, Baron de Bousbecque, Chambellan de Sa Majesté Joseph II (Empereur du Saint-Empire), Colonel de Cavalerie, Chevalier de l’Aigle Blanc et de Saint-Stanislas de Pologne, du Lion Blanc Palatin et de l’ordre chapitral du Limbourg (d’Ancienne Noblesse) dans la langue d’Austrasie, membre des États nobles de Flandres et d’Artois, et membre de l’Académie des Sciences Arts et Belles-Lettres d’Arras, etc. 1785. »

 

Ce jeton en argent (ou cuivre argenté) est répertorié dans l’ouvrage de F.Feuardent, Jetons et Méreaux, t.2, Rollin et Feuardent, Paris, 1906, N° 7127 ainsi que dans l’ouvrage de Pierre Corre, Corpus de jetons armoriés, Le Léopard d’Or, Paris, 1986.

Nous ignorons à quoi il pouvait servir. Était-ce un jeton de présence, comme dit traditionnellement dans la famille ? Il a été frappée en 1785, soit un an après la réception du Prince, de la Princesse de Béthune et de leurs enfants, comme grand-croix de l’Ordre Chapitral d’Ancienne Noblesse (du Limbourg). Y aurait-il un lien ? Ou pour marquer la présence du Prince de Béthune aux différents États Nobles ?

D’autres questions demeureront sans doute… Comment ce jeton est-il arrivé en Allemagne ? Néanmoins on peut y voir un clin d’œil d’un ancêtre mort il y a bien longtemps et qui, grâce à cela, paraît pourtant si vivant !